VEFA : guide juridique complet de l'achat sur plan
La Vente en l'État Futur d'Achèvement (VEFA), communément appelée "achat sur plan", représente aujourd'hui la quasi-totalité des transactions dans l'immobilier neuf en France. Ce mode d'acquisition, strictement encadré par le Code de la construction et de l'habitation (CCH), permet d'acheter un logement avant même qu'il ne soit construit ou achevé. Si ce dispositif offre de nombreux avantages, il impose également un calendrier précis, des obligations légales rigoureuses et des échéances financières réglementées.
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Justine B.
2/25/202624 min read
Le contrat de réservation : premier engagement juridique
La nature juridique et le rôle du contrat de réservation
Le contrat de réservation constitue le premier acte juridique formalisant votre volonté d'acquérir un logement neuf. Ce document, parfois appelé "promesse de réservation" ou "contrat préliminaire", engage à la fois le promoteur et l'acquéreur dans un processus d'achat qui aboutira plusieurs mois, voire années plus tard, à la signature de l'acte authentique de vente.
Contrairement à une simple option ou une lettre d'intention, le contrat de réservation crée des obligations réciproques fermes. Le promoteur s'engage à vous réserver le logement choisi et à ne pas le proposer à un autre acquéreur. De votre côté, vous vous engagez à acheter ce bien aux conditions définies dans le contrat, sous réserve de l'obtention de votre financement. Ce mécanisme protège les deux parties : le promoteur sécurise ses ventes pour obtenir son financement bancaire, et vous vous assurez d'acquérir le bien sans risque de gazumping.
Les mentions obligatoires du contrat de réservation
L'article L261-15 du Code de la construction et de l'habitation impose des mentions obligatoires très précises dans tout contrat de réservation. Ces mentions visent à protéger l'acquéreur en lui donnant une information complète et transparente sur le bien, son prix et les conditions de vente.
Le contrat doit d'abord décrire le logement de manière détaillée : sa localisation exacte dans l'immeuble (bâtiment, étage, numéro de lot), sa surface habitable en mètres carrés selon la loi Carrez, le nombre de pièces principales, la présence d'annexes comme une cave, un parking ou un balcon. Cette description doit correspondre exactement au bien qui sera livré, toute différence substantielle pouvant engager la responsabilité du promoteur.
Le prix de vente doit être indiqué de manière complète et décomposée. Le contrat précise le prix du logement lui-même, mais aussi celui des annexes (parking, cave), des éventuelles options choisies (cuisine équipée, motorisation des volets), et le montant de la TVA. Le prix total s'entend toutes taxes comprises. Tout élément facultatif doit être clairement identifié comme tel, avec son prix séparé.
Les conditions de paiement sont détaillées selon le calendrier réglementaire des appels de fonds en VEFA. Le contrat indique les pourcentages et les échéances prévisionnelles de chaque appel de fonds, ainsi que les événements déclencheurs (fondations achevées, mise hors d'eau, achèvement des travaux, livraison).
La date prévisionnelle d'achèvement des travaux figure obligatoirement dans le contrat. Cette date est indicative mais importante car elle vous permet de planifier votre projet (déménagement, fin de bail locatif, disponibilité du prêt bancaire). Si le promoteur prend du retard, vous pourrez invoquer cette date contractuelle pour calculer les pénalités de retard.
Enfin, le contrat mentionne obligatoirement le délai de rétractation de 10 jours dont vous bénéficiez. Ce délai court à partir du lendemain de la première présentation de la lettre recommandée avec accusé de réception vous notifiant le contrat, ou du lendemain de la remise en main propre contre récépissé.
Le dépôt de garantie et son plafonnement légal
Lors de la signature du contrat de réservation, le promoteur peut exiger le versement d'un dépôt de garantie. Ce montant, strictement plafonné par la loi, vise à s'assurer de votre engagement réel dans le projet d'achat. Le plafond légal du dépôt de garantie dépend du délai séparant la signature du contrat de réservation de la signature de l'acte authentique de vente.
Si ce délai est inférieur à un an, le dépôt de garantie ne peut excéder 5 % du prix de vente. Si le délai est supérieur à un an, le dépôt est plafonné à 2 % pour la première année, puis 3 % supplémentaires peuvent être exigés lors de la signature de l'acte authentique. Ces plafonds sont d'ordre public, ce qui signifie que toute clause contraire serait nulle. Un promoteur ne peut donc jamais exiger un dépôt supérieur à ces montants.
Ce dépôt de garantie sera déduit du prix de vente lors de la signature de l'acte authentique. Il ne s'agit donc pas d'un coût supplémentaire, mais d'un acompte sur le prix final. Si vous vous rétractez dans le délai légal de 10 jours, ce dépôt vous sera intégralement restitué sans aucune pénalité. Si vous renoncez à l'achat après le délai de rétractation sans motif légitime (refus de prêt notamment), vous perdrez ce dépôt au profit du promoteur, qui conservera cette somme en guise de dédommagement.
Le délai de rétractation de 10 jours : un droit absolu
Le délai de rétractation de 10 jours constitue l'une des protections les plus importantes de l'acquéreur en VEFA. Prévu à l'article L271-1 du Code de la construction et de l'habitation, ce délai vous permet de revenir sur votre engagement sans avoir à vous justifier et sans aucune pénalité financière.
Le délai court à partir du lendemain de la première présentation de la lettre recommandée avec accusé de réception vous notifiant le contrat de réservation. Si vous êtes absent lors de la présentation et que l'avis de passage reste en instance au bureau de poste, le délai commence à courir 7 jours après cet avis. Ce point est crucial car de nombreux acquéreurs pensent à tort que le délai court dès la signature du contrat en agence. Or, tant que la notification par lettre recommandée n'a pas eu lieu, le délai ne commence pas, et votre droit de rétractation reste ouvert indéfiniment.
Pendant ces 10 jours, aucune somme autre que le dépôt de garantie ne peut être versée. Vous ne pouvez pas commencer à payer les appels de fonds, et le promoteur ne peut exiger aucun autre versement. Cette règle protège l'acquéreur en évitant qu'il ne se sente financièrement engagé avant la fin du délai de réflexion.
Pour exercer votre droit de rétractation, vous devez envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception au promoteur avant la fin du dixième jour. Le cachet de la poste fait foi. Vous n'avez aucune justification à fournir, aucune explication à donner. Le promoteur doit alors vous restituer l'intégralité du dépôt de garantie dans un délai de 21 jours maximum. Passé ce délai, la somme non restituée portera intérêt au taux légal majoré de moitié.
L'acte authentique de vente : la signature chez le notaire
Le délai entre réservation et signature de l'acte authentique
Entre la signature du contrat de réservation et celle de l'acte authentique de vente, un délai minimum s'écoule généralement. Ce délai, qui varie de quelques semaines à plusieurs mois selon l'avancement du chantier, correspond au temps nécessaire pour que plusieurs conditions soient réunies.
D'abord, vous devez obtenir votre prêt immobilier. La plupart des acquéreurs incluent dans le contrat de réservation une clause suspensive d'obtention de crédit. Cette clause vous protège : si aucune banque n'accepte de vous financer dans les conditions prévues, vous pourrez annuler l'achat sans pénalité et récupérer votre dépôt de garantie. Le délai d'obtention du prêt est généralement de 45 à 60 jours.
Ensuite, le notaire doit accomplir toutes les formalités administratives et juridiques préalables à la vente. Il vérifie que le permis de construire est purgé de tout recours, que le promoteur dispose bien de toutes les autorisations nécessaires, que les servitudes et hypothèques éventuelles sont levées. Il rédige l'acte de vente définitif en intégrant toutes les conditions convenues, le règlement de copropriété, l'état descriptif de division.
Enfin, dans certains cas, le promoteur peut conditionner la signature de l'acte authentique à un niveau minimal de précommercialisation du programme. Les banques qui financent le promoteur exigent souvent qu'au moins 30 à 50 % des lots soient réservés avant de débloquer les fonds. Si ce seuil n'est pas atteint, la signature peut être retardée.
Le contenu de l'acte authentique de vente en VEFA
L'acte authentique de vente en VEFA diffère substantiellement d'une vente classique dans l'ancien. Il contient des clauses spécifiques liées au fait que vous achetez un bien qui n'existe pas encore physiquement ou qui n'est pas achevé.
L'acte décrit d'abord de manière extrêmement précise le bien vendu : sa localisation exacte dans le lot de copropriété, sa surface, sa composition, ses caractéristiques techniques. Cette description s'appuie sur les plans fournis par l'architecte et sur l'état descriptif de division. Toute différence entre cette description et le bien finalement livré pourra donner lieu à réclamation.
L'acte précise ensuite le calendrier prévisionnel des travaux et la date prévisionnelle d'achèvement. Cette date est contractuelle et engage le promoteur. Si l'achèvement prend du retard sans cause exonératoire (intempéries exceptionnelles, cas de force majeure), vous pourrez réclamer des pénalités de retard.
Le prix total de vente est détaillé poste par poste : prix du logement, prix des annexes, prix des options, TVA, frais de notaire. L'acte mentionne également le dépôt de garantie déjà versé et le solde restant dû, qui sera appelé selon le calendrier réglementaire des appels de fonds.
L'acte intègre obligatoirement le règlement de copropriété et l'état descriptif de division. Le règlement de copropriété définit les règles de fonctionnement de l'immeuble, les droits et obligations de chaque copropriétaire, les charges prévisionnelles. L'état descriptif de division découpe juridiquement l'immeuble en lots avec leurs quotes-parts de parties communes. Ces documents sont essentiels car ils régissent votre vie quotidienne dans la copropriété pour de nombreuses années.
L'acte rappelle les garanties légales dont vous bénéficiez : garantie de parfait achèvement, garantie biennale, garantie décennale, assurance dommages-ouvrage. Il précise les coordonnées des assureurs et les modalités de mise en œuvre de ces garanties.
Enfin, l'acte contient les clauses suspensives, notamment la clause d'obtention de prêt. Tant que votre financement n'est pas définitivement confirmé, la vente n'est pas parfaite. Si le crédit est refusé malgré vos démarches diligentes, la vente sera annulée et vous récupérerez toutes les sommes versées.
Le rôle protecteur du notaire
Le notaire joue un rôle absolument central dans la vente en VEFA. Officier public et ministériel, il a une obligation d'impartialité et de conseil envers toutes les parties. Son intervention constitue une garantie juridique majeure pour l'acquéreur.
Le notaire vérifie d'abord que tous les documents administratifs sont en règle. Il s'assure que le permis de construire a été délivré et qu'il est purgé de tout recours. Il vérifie que le promoteur a bien souscrit la garantie financière d'achèvement (GFA) auprès d'une banque ou d'un organisme de caution, et que cette garantie est valide et suffisante. Cette vérification est cruciale car la GFA vous protège en cas de défaillance du promoteur : si celui-ci fait faillite avant la fin des travaux, le garant prendra le relais pour achever l'immeuble.
Le notaire vérifie ensuite tous les aspects juridiques de l'opération. Il contrôle que le promoteur est bien propriétaire du terrain ou qu'il dispose d'une promesse de vente ferme. Il s'assure qu'aucune servitude, hypothèque ou autre charge ne grève le bien. Il vérifie que le règlement de copropriété et l'état descriptif de division sont conformes à la réglementation.
Le notaire a également un devoir de conseil personnalisé envers l'acquéreur. Il doit vous expliquer en termes clairs et compréhensibles le contenu de l'acte, ses implications juridiques et financières, les risques éventuels. Il doit attirer votre attention sur les clauses importantes : date prévisionnelle d'achèvement, pénalités de retard, conditions de résolution en cas de non-obtention du prêt. Il doit s'assurer que vous avez parfaitement compris ce que vous signez.
Enfin, le notaire conserve l'acte original dans ses archives et délivre des copies authentiques ayant force exécutoire. Ces copies vous serviront tout au long de votre vie de propriétaire pour toute démarche administrative, revente ultérieure, ou litige éventuel.
Les appels de fonds réglementés : un calendrier protecteur
Le principe du paiement échelonné selon l'avancement des travaux
L'un des principes fondamentaux de la VEFA réside dans l'échelonnement du paiement selon l'avancement réel des travaux. Contrairement à une vente classique où l'intégralité du prix est payée lors de la signature de l'acte authentique, la VEFA impose un paiement progressif lié à des étapes précises du chantier. Ce mécanisme protège l'acquéreur : vous ne payez que ce qui est effectivement construit, et en cas de défaillance du promoteur, vous n'avez pas déboursé la totalité du prix pour un bien inachevé.
Les appels de fonds correspondent aux demandes de paiement que le promoteur vous adresse au fur et à mesure de l'avancement du chantier. Ces appels de fonds ne sont pas libres : ils sont strictement réglementés par l'article R261-14 du Code de la construction et de l'habitation, qui fixe des pourcentages maximaux à chaque étape. Le promoteur ne peut jamais vous réclamer plus que ces pourcentages, et il ne peut appeler les fonds d'une étape qu'une fois cette étape effectivement réalisée et constatée par un huissier ou un contrôleur technique indépendant.
Ce système d'appels de fonds échelonnés présente un autre avantage majeur : il vous permet d'étaler dans le temps le déblocage de votre prêt immobilier. Vous ne commencez à payer des intérêts d'emprunt que sur les sommes effectivement débloquées, et non sur la totalité du capital. Pendant la période de construction, vous payez généralement seulement les intérêts intercalaires, ce qui allège considérablement votre budget mensuel.
Le calendrier légal des cinq appels de fonds
Le Code de la construction et de l'habitation définit précisément cinq étapes déclenchant un appel de fonds, avec pour chacune un pourcentage maximum du prix de vente que le promoteur peut exiger.
Le premier appel de fonds intervient lors de la signature de l'acte authentique de vente chez le notaire. À ce stade, le promoteur peut appeler 35 % maximum du prix de vente total. Ce pourcentage important se justifie par le fait qu'à cette étape, les fondations et les infrastructures de l'immeuble sont généralement déjà réalisées ou en cours de réalisation. Dans ce premier appel sont déduits le dépôt de garantie versé lors de la réservation ainsi que tous les frais de notaire qui seront réglés directement par vos soins.
Le deuxième appel de fonds survient lorsque l'immeuble est achevé dans sa structure et mis hors d'eau, c'est-à-dire que la toiture est posée et que l'eau de pluie ne pénètre plus dans le bâtiment. À cette étape, le promoteur peut réclamer 35 % supplémentaires du prix de vente, portant le total payé à 70 %. Cette étape marque généralement le franchissement de la moitié du chantier en termes de gros œuvre.
Le troisième appel intervient lorsque les travaux d'achèvement de votre logement sont terminés. Cela signifie que les cloisons intérieures sont montées, les revêtements de sols et de murs sont posés, les équipements sanitaires et électriques sont installés, les fenêtres et portes sont en place. Le logement est fonctionnellement habitable. À ce moment, le promoteur peut demander 25 % supplémentaires, portant le total à 95 % du prix de vente.
Le quatrième et dernier appel de fonds, correspondant aux 5 % restants, intervient au moment de la livraison effective du bien. Vous ne réglez ce solde qu'après avoir procédé à la réception du logement, c'est-à-dire après avoir constaté que tout est conforme et après avoir dressé la liste des éventuelles réserves. Ce mécanisme vous protège : le promoteur conserve une motivation forte pour achever parfaitement les travaux et lever rapidement les réserves, puisqu'il n'est intégralement payé qu'à ce moment.
Un exemple concret chiffré sur un T3 à 280 000 €
Prenons l'exemple d'un appartement T3 acheté 280 000 € en VEFA dans une métropole de province. Vous avez versé un dépôt de garantie de 14 000 € (5 %) lors de la signature du contrat de réservation. Les frais de notaire s'élèvent à 7 000 € (2,5 % dans le neuf).
Lors de la signature de l'acte authentique, environ 6 mois après la réservation, le premier appel de fonds s'élève à 98 000 €, soit 35 % du prix de 280 000 €. De cette somme, on déduit les 14 000 € de dépôt déjà versés. Vous devez donc débloquer 84 000 € de votre prêt, et régler séparément les 7 000 € de frais de notaire.
Quatre mois plus tard, lorsque l'immeuble est mis hors d'eau, le deuxième appel de fonds s'élève à 98 000 € supplémentaires (35 % du prix). Votre banque débloque cette tranche de crédit.
Six mois après, lorsque votre logement est achevé, le troisième appel intervient pour 70 000 € (25 % du prix). Le total payé atteint maintenant 266 000 €, soit 95 % du prix de vente.
Enfin, lors de la livraison définitive, après la levée de toutes les réserves, vous réglez les 14 000 € restants (5 % du prix). Vous êtes alors propriétaire à 100 % d'un logement neuf, entièrement achevé et conforme au contrat.
Tout au long de ces appels de fonds, votre banque débloque progressivement le capital, et vous ne payez des intérêts que sur les sommes effectivement débloquées. Pendant la période de construction, vous êtes généralement en phase d'intérêts intercalaires : vous payez uniquement les intérêts mensuels, sans rembourser le capital. Le remboursement normal du prêt ne commence qu'après la livraison du bien, lorsque vous occupez réellement votre logement.
Les travaux modificatifs acquéreur (TMA)
Personnalisation du logement : ce qui est possible et ce qui ne l'est pas
L'un des avantages de l'achat en VEFA réside dans la possibilité de personnaliser votre logement avant sa construction. Ces modifications, appelées Travaux Modificatifs Acquéreur (TMA), vous permettent d'adapter le bien à vos besoins spécifiques sans avoir à engager des travaux après la livraison. Toutefois, ces modifications sont encadrées par des règles techniques et contractuelles strictes.
Vous pouvez généralement modifier les revêtements de sols : choisir du parquet plutôt que du carrelage dans le séjour, opter pour un carrelage de meilleure qualité dans la cuisine ou la salle de bains. Vous pouvez aussi demander des modifications dans la disposition des cloisons non porteuses : supprimer une cloison pour créer un espace ouvert entre le séjour et la cuisine, déplacer une cloison pour agrandir une chambre au détriment d'une autre. Vous pouvez choisir les couleurs des peintures, le type de robinetterie, les modèles de portes intérieures.
Les équipements complémentaires constituent une autre catégorie de TMA fréquemment demandés : installation d'une cuisine équipée, pose de placards intégrés, motorisation des volets roulants, ajout de prises électriques ou d'interrupteurs supplémentaires, installation d'une climatisation réversible, pose de stores sur le balcon.
En revanche, certaines modifications sont impossibles car elles touchent à la structure de l'immeuble ou aux parties communes. Vous ne pouvez pas modifier les murs porteurs, déplacer ou créer des ouvertures dans les façades, toucher aux éléments du clos et couvert (toiture, charpente), modifier les réseaux collectifs de plomberie ou d'électricité, intervenir sur les parties communes même situées à l'intérieur de votre lot (gaines techniques, colonnes d'eau).
La procédure et les délais pour demander des TMA
La demande de TMA doit être formulée rapidement après la signature de l'acte authentique de vente. La plupart des promoteurs imposent un délai limite de un à trois mois pour déposer vos demandes. Passé ce délai, il devient techniquement trop complexe de modifier les plans et les commandes déjà passées auprès des entreprises.
Votre demande doit être formulée par écrit et de manière précise. Vous devez décrire exactement les modifications souhaitées, de préférence en annotant les plans du logement. Le promoteur étudiera la faisabilité technique de vos demandes en consultant l'architecte et les entreprises concernées. Certaines demandes seront acceptées sans difficulté, d'autres pourront être refusées pour des raisons techniques ou réglementaires.
Une fois la faisabilité confirmée, le promoteur vous remettra un devis détaillé précisant le coût de chaque modification. Ces travaux modificatifs sont généralement facturés avec une marge importante car ils perturbent l'organisation du chantier et nécessitent des commandes spécifiques hors des marchés groupés du promoteur. Comptez une majoration de 20 à 40 % par rapport au coût qu'aurait le même travail réalisé après livraison.
Après acceptation du devis, vous signez un avenant au contrat de vente initial. Cet avenant précise les modifications apportées, leur coût, et les modalités de paiement. Le montant des TMA est généralement payable en plusieurs fois : un acompte lors de la signature de l'avenant (30 à 50 %), un versement lors de l'achèvement des travaux modificatifs, et le solde à la livraison.
Le coût des TMA : fourchettes budgétaires
Le coût des TMA varie considérablement selon la nature et l'ampleur des modifications demandées. Pour vous donner des ordres de grandeur, voici quelques exemples de fourchettes couramment constatées.
Le remplacement d'un revêtement de sol standard par un parquet ou un carrelage haut de gamme coûte généralement entre 30 et 80 € par mètre carré de supplément. Pour un séjour de 25 m², comptez donc entre 750 et 2 000 € de surcoût.
La suppression ou le déplacement d'une cloison non porteuse représente un coût de 1 500 à 3 000 € selon la longueur et la complexité (présence de gaines électriques, impact sur les portes).
L'installation d'une cuisine équipée de qualité moyenne coûte entre 5 000 et 12 000 € selon la surface, le nombre d'équipements et le niveau de finition. Pour une cuisine haut de gamme, le budget peut grimper entre 15 000 et 25 000 €.
La motorisation de tous les volets roulants d'un appartement T3 représente un investissement de 1 500 à 2 500 €. L'ajout de prises électriques supplémentaires coûte environ 100 à 150 € par prise. L'installation d'une climatisation réversible dans un T3 oscille entre 3 000 et 6 000 €.
Au global, le budget moyen de TMA pour un acquéreur qui souhaite personnaliser significativement son logement se situe entre 8 000 et 20 000 € pour un appartement de taille moyenne. Certains acquéreurs optent pour des TMA légers (choix de revêtements) pour 2 000 à 5 000 €, tandis que d'autres qui veulent un logement totalement sur-mesure peuvent dépasser les 30 000 € de TMA.
La livraison du bien : point d'orgue du parcours VEFA
La convocation à la visite de pré-livraison
Plusieurs semaines avant la date de livraison officielle, le promoteur vous convoque à une visite de pré-livraison, également appelée visite de courtoisie. Cette visite, sans valeur juridique contraignante, vous permet de découvrir votre logement achevé avant la réception formelle. Elle constitue une étape importante car elle vous donne le temps de repérer d'éventuels défauts et de vous préparer psychologiquement à la réception officielle.
Lors de cette visite, vous parcourez le logement accompagné d'un représentant du promoteur. Vous constatez l'état général du bien, la conformité avec les plans, la qualité des finitions. Prenez de nombreuses photos et vidéos, notez par écrit tous les défauts que vous constatez : rayures sur le parquet, éclats sur le carrelage, peintures imparfaites, portes mal ajustées, robinetterie défectueuse, prises électriques mal positionnées.
Ces constats préalables seront précieux lors de la visite de réception officielle. Vous aurez eu le temps de réfléchir sereinement, de vérifier des éléments que vous n'auriez pas pensé à contrôler sur le moment, et de préparer une liste exhaustive de réserves. Beaucoup d'acquéreurs regrettent d'avoir validé trop rapidement la réception en oubliant de signaler certains défauts. La pré-livraison vous donne cette seconde chance d'être exhaustif.
La réception du logement : moment juridique crucial
La réception du logement constitue l'acte juridique le plus important après la signature de l'acte de vente. C'est le moment où vous prenez officiellement possession de votre bien, où vous constatez qu'il est conforme au contrat, et où vous actez sa livraison. Cette réception déclenche plusieurs effets juridiques majeurs.
D'abord, la réception transfère les risques du promoteur vers vous. Avant la réception, si un dégât des eaux ou un incendie endommage le logement, c'est le promoteur qui en assume les conséquences. Après la réception, vous en devenez responsable. Il est donc essentiel de souscrire votre assurance habitation avant la date de réception.
Ensuite, la réception fait courir le point de départ des garanties légales. La garantie de parfait achèvement d'un an court à partir de la date de réception. Si vous constatez un défaut six mois après la réception, vous pourrez l'invoquer. Si vous le constatez treize mois après, il sera trop tard.
Enfin, la réception conditionne le versement du dernier appel de fonds. Tant que vous n'avez pas acté la réception, le promoteur ne peut exiger les 5 % finaux. Vous disposez donc d'un moyen de pression pour obtenir que les défauts soient rapidement corrigés.
La procédure de réception avec ou sans réserves
La visite de réception se déroule en présence d'un représentant du promoteur, généralement le conducteur de travaux ou le responsable commercial. Vous devez parcourir méthodiquement l'intégralité du logement : toutes les pièces, tous les équipements, toutes les annexes (cave, parking). Vérifiez le bon fonctionnement de tout : portes, fenêtres, volets, interrupteurs, prises, robinetterie, chasse d'eau, VMC, chauffage.
Deux situations peuvent se présenter. Si le logement est parfait, conforme au contrat, sans aucun défaut apparent, vous signez le procès-verbal de réception sans réserves. Cette situation est rare mais idéale. Vous prenez possession immédiatement, payez les 5 % restants, et c'est terminé.
Plus fréquemment, vous constatez des défauts : finitions imparfaites, équipements défaillants, non-conformités mineures. Vous signez alors un procès-verbal de réception avec réserves. Ce document liste précisément tous les défauts constatés. Soyez exhaustif et précis dans la rédaction des réserves : "rayure de 15 cm sur le parquet du séjour près de la porte-fenêtre" plutôt que "parquet abîmé". Plus vos réserves sont précises, plus il sera facile d'en obtenir la levée.
Les réserves doivent porter sur des désordres apparents, c'est-à-dire visibles lors de la visite. Vous ne pouvez pas émettre de réserve sur un défaut caché que vous découvrirez plus tard. En revanche, tous les défauts visibles doivent être notés, même les plus minimes. Ne vous dites pas "ce n'est pas grave, une petite rayure" : le promoteur est tenu de vous livrer un bien parfait, et tout défaut doit être signalé.
Une fois les réserves actées, le promoteur dispose légalement d'un délai raisonnable pour les lever, généralement fixé dans le procès-verbal (30, 60 ou 90 jours selon l'importance des travaux). Les entreprises reviennent corriger les défauts. Lorsque tous les défauts sont réparés, vous signez un procès-verbal de levée de réserves, et vous versez les 5 % restants.
Dans certains cas exceptionnels, si les réserves sont très importantes (logement manifestement non achevé, défauts majeurs), vous pouvez refuser la livraison. Ce refus doit être justifié et proportionné. Si vous refusez la livraison de manière injustifiée, le promoteur peut saisir le tribunal pour obtenir la validation judiciaire de la livraison et vous contraindre à prendre possession du bien. À l'inverse, si votre refus est justifié, le promoteur devra achever les travaux et vous reconvoquer ultérieurement.
Retard de livraison : pénalités et recours
Les causes exonératoires et non-exonératoires de retard
La date prévisionnelle d'achèvement mentionnée dans le contrat de vente engage juridiquement le promoteur. Si cette date n'est pas respectée, vous pouvez obtenir des pénalités de retard, sauf si le promoteur invoque une cause exonératoire.
Les causes exonératoires sont des événements imprévisibles et irrésistibles qui échappent totalement au contrôle du promoteur. Les intempéries exceptionnelles constituent la cause exonératoire la plus fréquemment invoquée. Toutefois, toutes les intempéries ne sont pas exonératoires : seules celles qui dépassent largement les normales saisonnières et qui empêchent matériellement de travailler sont retenues. Une semaine de pluie en novembre ne sera pas exonératoire, mais un épisode neigeux exceptionnel qui bloque le chantier pendant trois semaines pourra l'être.
Les cas de force majeure constituent également des causes exonératoires : catastrophe naturelle, incendie, explosion, attentat, pandémie rendant impossible la poursuite du chantier. La grève générale dans le secteur du bâtiment peut aussi être retenue, à condition qu'elle soit d'ampleur nationale et qu'elle paralyse totalement le chantier.
Les modifications réglementaires intervenant en cours de chantier et imposant des travaux supplémentaires peuvent parfois justifier un retard, si elles étaient véritablement imprévisibles lors de la signature du contrat.
En revanche, de nombreuses causes invoquées par les promoteurs ne sont pas exonératoires. La défaillance d'une entreprise sous-traitante n'exonère pas le promoteur : il devait anticiper ce risque et prévoir des entreprises de remplacement. Les difficultés d'approvisionnement en matériaux ne sont généralement pas exonératoires, sauf circonstances exceptionnelles. Une mauvaise organisation du chantier, des retards dans l'obtention de raccordements aux réseaux, des modifications de planning : tout cela reste à la charge du promoteur.
Le calcul des pénalités de retard : mode d'emploi
L'article R261-14-1 du Code de la construction et de l'habitation prévoit un système de pénalités de retard au bénéfice de l'acquéreur lorsque la livraison n'intervient pas dans les délais contractuels. Le calcul de ces pénalités suit une formule précise.
Les pénalités sont calculées par mois de retard (ou fraction de mois) et s'élèvent à 1/3 000ème du prix de vente par jour de retard. Pour un bien à 300 000 €, cela représente 100 € par jour de retard, soit environ 3 000 € par mois de retard.
Le retard commence à courir à partir du lendemain de la date prévisionnelle d'achèvement mentionnée au contrat. Si le contrat prévoyait une livraison au 30 juin 2026 et que le bien est livré le 15 octobre 2026, le retard est de 3 mois et demi, soit environ 105 jours. Les pénalités s'élèvent donc à 10 500 €.
Ces pénalités sont dues de plein droit, c'est-à-dire que vous n'avez pas à prouver un préjudice. Le simple fait que le délai contractuel ne soit pas respecté ouvre droit aux pénalités. Vous pouvez en demander le paiement dès la livraison, en les déduisant du dernier appel de fonds. Si le promoteur refuse, vous pouvez saisir le tribunal judiciaire.
Il est important de noter que ces pénalités constituent un minimum légal. Si votre préjudice réel est supérieur (par exemple, vous avez dû prolonger votre bail locatif avec des frais supplémentaires, ou vous avez subi des frais de garde-meubles), vous pouvez réclamer l'indemnisation intégrale de ce préjudice en plus des pénalités légales. Vous devrez alors prouver le préjudice et son montant.
Les recours en cas de retard important ou d'abandon de chantier
Si le retard devient excessivement long (plus de 12 mois par exemple) ou si vous constatez que le chantier est à l'arrêt depuis plusieurs mois sans explication, vous pouvez craindre un abandon définitif. Dans cette situation grave, plusieurs recours s'offrent à vous.
Vous pouvez d'abord mettre en demeure le promoteur de reprendre les travaux et de livrer le bien dans un délai raisonnable. Cette mise en demeure doit être envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception et décrire précisément la situation : date contractuelle de livraison, constat de l'arrêt des travaux, demande de reprise et de livraison dans un délai donné (par exemple 3 mois).
Si le promoteur ne répond pas ou ne reprend pas les travaux, vous pouvez saisir le tribunal judiciaire en référé pour obtenir la désignation d'un expert qui constatera l'état d'avancement du chantier et l'ampleur du retard. Ce constat d'expert constituera une preuve solide pour la suite de la procédure.
En cas d'abandon manifeste, vous pouvez demander la résolution judiciaire de la vente pour inexécution du contrat. Le juge constatera que le promoteur n'a pas respecté son obligation de livrer le bien dans les délais contractuels, et prononcera l'annulation de la vente. Vous récupérerez alors toutes les sommes versées, augmentées des intérêts et éventuellement de dommages-intérêts pour le préjudice subi.
Toutefois, la situation la plus fréquente en cas de défaillance du promoteur concerne le déclenchement de la Garantie Financière d'Achèvement (GFA). Si le promoteur fait faillite ou se trouve dans l'impossibilité d'achever l'immeuble, la banque ou l'organisme qui a délivré la GFA doit prendre le relais. Vous devez alors contacter directement ce garant (ses coordonnées figurent dans votre acte de vente) et lui demander de mettre en œuvre la garantie.
Le garant fera expertiser le chantier pour déterminer le coût d'achèvement des travaux. Il organisera ensuite la reprise du chantier, soit en confiant les travaux à une autre entreprise, soit en liquidant le programme. Dans tous les cas, la GFA vous garantit soit l'achèvement du logement acheté, soit le remboursement intégral des sommes versées si l'achèvement s'avère impossible. C'est la raison pour laquelle la vérification de l'existence et de la validité de la GFA par le notaire lors de la signature de l'acte authentique est absolument cruciale.
Conclusion : sécuriser son parcours VEFA
L'achat en VEFA représente un parcours long et complexe, ponctué d'étapes juridiques et financières précises. Mais ce parcours est remarquablement sécurisé par un arsenal législatif protecteur : délai de rétractation, appels de fonds échelonnés, garanties légales, pénalités de retard automatiques, garantie financière d'achèvement.
Pour réussir votre achat en VEFA, quelques principes essentiels doivent guider votre démarche. Prenez le temps de lire attentivement tous les documents avant de signer. N'hésitez pas à poser toutes vos questions au promoteur et au notaire. Vérifiez systématiquement que le permis de construire est purgé et que la GFA est en place. Constituez votre dossier de prêt rapidement pour éviter tout stress. Lors de la livraison, soyez méticuleux et exhaustif dans le relevé des réserves.
Enfin, gardez à l'esprit qu'en cas de difficulté, le cadre légal vous protège fortement. Les promoteurs sérieux respectent scrupuleusement ces règles et assurent une livraison conforme dans les délais. Les rares cas de dérive trouvent toujours une issue favorable pour l'acquéreur, grâce aux garanties obligatoires et à l'intervention des tribunaux si nécessaire.
La VEFA reste aujourd'hui le mode d'acquisition privilégié pour accéder à un logement neuf de qualité, conforme aux dernières normes énergétiques et de construction, avec un financement échelonné et des garanties solides. Bien comprise et bien menée, elle constitue une expérience d'achat sécurisée et satisfaisante.
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